Son Histoire

Son histoire d’amour avec la poésie a débuté en écoutant dès l’école primaire les mots d’Orhan Veli  de la voix de Müşfik Kenter. Son âme baigna ainsi jour après jour dans la sagesse bohème et mélancolique de ce délicieux combo artistique. 

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Elle ferma souvent les yeux et “écouta l’Istanbul” de cette époque qu’elle n’avait jamais connue, l’Arte Povera de celui qui était comblé en vivant dans la gratuité, “à l’extérieur des automobiles et des salles de cinéma”.

1/ Multiculturalité, déconnexion et reconnexion

Née aux Etats-Unis, de parents turcs, expatriée au Luxembourg à l’âge de 5 ans, les mots sont devenus pour elle refuge et passion. A l’école, elle vécut longtemps comme dans un film auquel il manquait les sous-titres. 

Ne pouvant se connecter aux autres en attendant de maîtriser la langue française aisément, elle absorba telle une éponge les émotions qu’elle observait, les passa au filtre de son imagination, les transposa en vers, en prose, en slam, et plus tard en spoken word.

“Nous sommes différents”, comprit-elle en traversant les vagues des décalages culturels et générationnels.

“Nous sommes semblables”, déduit-elle en écoutant profondément les histoires et les émotions, les rêves et les préoccupations des uns et des autres.

En visitant sa famille en été, elle était “la luxembourgeoise” ou “l’américaine”, au Luxembourg auprès des Français elle était “la turque”, toujours celle qui était d’ailleurs et qui n’avait pas les codes, ne se sentant exclusivement ni l’un ni l’autre. Aussi, elle cessa de tenter de comprendre les politiques locales ou internationales, et s’intéressa au sens de l’Existence. Elle se laissa émerveiller par les mystères qu’aimaient révéler les sciences, la philosophie, l’art et la spiritualité. 

C’est sans doute pourquoi, une fois confirmée dans son métier de planneuse stratégique, elle ne put se contenter d’écrire des slides qui “faisaient intelligent” pour “aider à vendre”. Elle eut besoin d’aller plus loin, de comprendre en profondeur la communication, les idées, les connections, l’humain et le vivant. 

2. Faire des interviews: son passeport vers l’autre

Lors d’un de ses premiers stages, elle s’inventa “un devoir maison”, un petit mensonge qui avait bon fond: “La Sorbonne” dit-elle, “exigeait d’elle d’interviewer une personne de chaque métier pour qu’elle comprenne l’agence et son fonctionnement”. À sa grande joie, toutes les portes s’ouvrirent devant elle et les agenda s’organisèrent. Elle rencontra bien du monde, remarqua à quel point elle aimait écouter, découvrir, voir le monde au travers des yeux des autres. 

Stagiaire en série, serial intervieweuse, elle garda cette méthode pour ses six stages à venir dont seuls deux étaient obligatoires. Les vacances d’été étaient bien trop longues. Aussi, elle cumula les missions micro-trottoir.

Quelque temps plus tard, sa plume lui fit sentir qu’elle avait envie de jouer, alors qu’elle suivait des études de “management” sans trop comprendre ce qu’elle finirait par “gérer ». 

Elle se mit à écrire des mails à tous les médias que les moteurs de recherche voulurent bien lui remonter. “Je peux écrire des articles lifestyle” proposa-t-elle au groupe A, “ma vie parisienne” au groupe B, “des reportages” au groupe C.

Ding Ding Ding! Des 120 mails qu’elle avait dû envoyer, elle obtînt un retour: il y avait un designer de mode à interviewer, et les journalistes qui devaient le faire étaient indisposés. Challenge accepté!

Neşem s’enferma au Centre Pompidou pendant deux jours. La mode était pour elle un univers inconnu. L’Histoire de la mode, les matériaux, les codes, les grands acteurs du milieu, les questions clés à poser, son cerveau processa, digéra, organisa les données. Elle se prépara comme si elle allait être recrutée par la Nasa… version stylée. 

Arriva le jour J. Neşem arpentait pour la première fois l’Avenue Montaigne, priant d’avoir sélectionné le bon chemisier, les bons talons en sortant de son studio d’étudiant. 

A la porte de la Maison, la responsable RP fit un grand sourire en l’accueillant. Neşem se sentît rassurée. Avant de la laisser entrer, toujours avec le même sourire, elle lui expliqua que “l’on passe rarement plus de 10 minutes” avec le designer en question. Neşem se sentit prête à fuir.

Bon an mal an, elle s’installa face au grand créateur les mains moites, sortit sa double page avec ses préparations et commença à l’interroger. 

Deux questions plus tard, le flow l’invitait déjà à danser. Elle cessa de regarder ses pieds, prête à s’envoler, pilote avec son passager. Leur voyage les emmena loin. Le créateur redevenu enfant, rendait visite à sa muse, sa grand-mère, sa source d’inspiration. Le voyage spatio-temporel existait donc bel et bien. Nesem en prit note ce jour: “expérience faite et à refaire!”

9 fois “10 minutes” et un joyeux photo-shooting plus tard, Neşem courut au métro puis chez elle, pour écrire sa première interview. Tout était précieusement enregistré sur les microcassettes offertes par son père, celles qu’il avait lui-même utilisées à l’école militaire. 

Serait-elle vraiment publiée? Telle était maintenant THE question. La boule au ventre, elle se rendit tous les jours au kiosque vérifier si le nouveau numéro avait-été distribué. Lorsqu’elle le tint enfin dans la main et pu le feuilleter, la “nobody” qu’elle était n’en revint guère. Quatre pages de reportage! Quatre pages de petite grande victoire qui allait la marquer à jamais.

3. Tout est Nature

Bien des années plus tard, ajoutant le coaching à son arc, elle devînt curatrice de questions. Elle pût alors rencontrer l’âme de l’autre avec sa permission, mais aussi en profiter pour l’aider à ranger “sa maison”, défaire les nœuds, sortir les poubelles, révéler les diamants, faire du jardinage et préparer le terrain pour que puissent pousser les meilleurs fruits de la saison. 

Amoureuse de la vie et du vivant, elle voulut comprendre les conditions qui permettaient l’équilibre, l’harmonie, l’épanouissement. 

“Tout est Nature”, comprit-elle à l’aide de la biologie, des neurosciences, de l’Ayurveda (et son Prakriti) ou Spinoza et sa philosophie. En chacun se jouent des forces naturelles. Nous sommes tous né.es avec dons et déséquilibres. La vie est aux yeux de Neşem ce cadeau, ce chemin, ce jeu et cette école qui nous permet d’apprendre à développer nos dons et à équilibrer nos excès ou carences pour mieux vivre l’Amour en lequel nous sommes tous Un.

— Nesem Ertan

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